Je fête le jour de Thanksgiving. Cela peut surprendre les gens qui se demandent ce que les Indiens d’Amérique pensent de cette célébration officielle du début de l’invasion européenne qui entraîna la mort de 10 à 30 millions d’Indiens. Thanksgiving n’a jamais été pour moi le souvenir des premiers migrants. Quand j’avais 6 ans, ma mère, une femme de la Nation Dineh, m’apprit à moi et à ma sœur à chanter sur l’air de "Land of Pilgrim’s pride" (Pays de la fierté des Pères Pèlerins) les paroles de "America, the Beautiful" (Amérique, la belle). Notre peuple avait-t-elle dit a été sur cette terre beaucoup plus longtemps et en a pris beaucoup plus soin, aussi nous devions chanter "Land of Indian’s pride" (terre de la fierté indienne). J’étais fière de chanter les nouvelles paroles à l’école, mais je les chantais à voix basse. A 6 ans, il me semblait avoir appris quelque chose d’important. Comme enfant d’une famille amérindienne, je faisais partie d’un groupe très réduit de survivants et j’avais appris que ma famille savait ce qui s’était réellement passé à l’époque quand ces personnes pauvres et fatiguées étaient arrivées sur nos terres. Quand les Pèlerins sont parvenus à Plymouth Rock, ils étaient pauvres et affamés, la moitié d’entre eux moururent en quelques mois de maladie et de faim. Quand Squanto, un Indien Wampanoag, les trouva, ils étaient dans un état pitoyable. Squanto parlait anglais, car il était allé en Europe, et il prit pitié d’eux. Leur culture anglaise n’avait rien donné. Les Indiens les nourrirent tout au long de l’hiver et leur apprirent comment cultiver leur nourriture. Pour beaucoup d’entre nous, donner sans garder pour soi est une façon de gagner le respect des autres. Chez les Dakotas, le peuple de mon père, on a coutume de dire, lorsque quelqu’un demande quelque chose "Nous sommes des Dakota et nous sommes vivants" et l’on pense que l’on peut donner car il y a assez pour tous. Ce système de société est totalement opposé à celui dans lequel nous vivons aujourd’hui, fondé sur la vente et non le don. Pour les Pères Pèlerins, les Wampanoags étaient des païens, des représentants du Diable. Ils considéraient Squanto non pas comme un égal mais comme un instrument de Dieu, de leur Dieu, pour les aider eux, le peuple choisi. Depuis ce partage initial, la nourriture des Indiens d’Amérique s’est répandue partout dans le monde. Environ 70% de toutes les récoltes faites au monde étaient cultivées par les peuples amérindiens. Je me demande parfois ce que mangeaient les Européens avant qu’ils nous rencontrent, des spaghettis sans tomates ? De la viande sans pommes de terre ? En retour, ces Européens en venant aux Etats-Unis qu’ont-ils donné ? En moins de 20 ans, les maladies et les traîtrises des migrants ont décimé les Wampanoags. Dans les histoires racontées par les Dakotas, une personne mauvaise garde toujours son cœur dans une place secrète, séparé de son corps. Le héros doit alors trouver cette place secrète et détruire ce cœur en vue de stopper le mal. Pour moi l’histoire de Thanksgiving me fait penser à cette légende, le cœur des pèlerins mauvais ayant été caché. Ce cœur était rempli de haine, d’avidité, de sectarisme et d’autosatisfaction… Nous savons le mal qu’il a causé pendant près de 4 siècles, des génocides, la dévastation de la nature, la pauvreté, le racisme, les guerres….. Où est le héros qui va détruire ce cœur du mal ? Je crois que ce héros doit être chacun d’entre nous. Lorsque je ferai mon action de grâce le dernier jeudi de novembre et que je cuisinerai la nourriture de mes ancêtres, je ne pourrai m’empêcher de penser à ce cœur méchant et à tous ceux de mon peuple qui ont subi le mal qu’il a causé. Si nous parvenons à survivre en développant notre capacité à partager et à donner, peut-être que le mal et le bien qui s’étaient rencontrés lors du premier Thanksgiving sur la terre des Wampanoags pourront revenir à leur point de départ. Alors la guérison pourra commencer.
Traduction du Texte de Jacqueline Keeler, Membre de la Nation Dineh, Sioux Yankton Dakota
La première Action de grâce de Jean Leon Gerome Ferris (1863-1930)
Thanksgiving, action de grâce ou déchirure
L’Action de grâce (ou Thanksgiving en anglais) est une fête célébrée au Canada le deuxième lundi d’octobre et aux États-Unis le dernier jeudi de novembre. Ce jour-là, on remercie Dieu par des prières et des réjouissances pour les bonheurs que l’on a pu recevoir pendant l’année. S’agissant des Etats-Unis, l’origine de cette fête est pleine d’enseignement car elle aurait pu marquer l’union entre les peuples indigènes du Nouveau Monde et les migrants, car ce sont les indiens qui historiquement ont permis que soit tenue le premier Thanksgiving de l’histoire. Malheureusement, après l’union initiale des peuples, des cultures et des races, la déchirure est arrivée avec le début de l’extermination des Indiens d’Amérique. Et si le 26 novembre prochain les Américains rendront grâce à Dieu, comme chaque année à la même époque, les descendants des Amérindiens, eux se rappelleront que cette date marque le début des guerres indiennes et la destruction de leur continent. Voici comment cette occasion de communion entre les peuples a été gâchée. En 1620, une centaine de pèlerins Puritains britanniques, pourchassés, fuirent vers la Hollande. En juillet, ils rejoignirent tout d’abord Southampton puis Plymouth où ils embarquèrent à bord du Mayflower le 6 septembre, à destination de l’Amérique. Après avoir accosté à Cap Cod en novembre puis exploré la région, les 102 colons installèrent leur colonie un peu plus au Nord et fondèrent la ville de Plymouth (Massachusetts) en décembre 1620. En raison de leur peu de connaissances agricoles et d’un hiver particulièrement rigoureux, la moitié d’entre eux ne survécut pas. En fait, les pèlerins n’auraient rien pu faire, et seraient sans doute tous morts si les Amérindiens ne les avaient pas aidés.
Squanto
La Providence prit le nom de Squanto (Tisquantum en Wampanoag), un Amérindien Wampanoag qui, à la surprise des pèlerins, parlait anglais pour avoir été capturé par des marins anglais en 1614. Ils l’avaient ramené en Angleterre où il avait vécu durant neuf ans. Au printemps suivant, Squanto leur offrit de la nourriture et leur apprit à pêcher, chasser et cultiver du maïs. Sans lui, et sans la tribu des Wampanoag à laquelle il appartenait, les pèlerins auraient sans doute tous péris, comme ce fut le cas de bien d’autres tentatives d’implantation de l’époque. Pour célébrer la première récolte à l’automne, le gouverneur William Bradford décréta trois jours de prière et de fête. Les colons invitèrent le chef des Wampanoag, Massasoit et 90 Indiens à partager leur repas, en guise de remerciement pour sceller une amitié durable. Des dindes sauvages et des pigeons furent servis à cette occasion. Deux ans plus tard, la colonie célébrait à nouveau la fin des récoltes, mais rendant surtout grâce à Dieu. Cette fête devint très vite simplement religieuse, et toute référence aux Amérindiens fut rapidement oubliée. Tant que Massasoit, chef des Wampanoag, fut vivant, les relations entre les colons et les Amérindiens furent harmonieuses, ces derniers partageant avec les nouveaux arrivants leurs connaissances ancestrales. Cependant, à la mort de Massasoit, la situation se dégrada. En 1676, les pèlerins voulurent désarmer les Wampanoags. Ces derniers ne se laissant pas faire, les colons les poursuivirent et leur firent la guerre de façon atroce et barbare. Le roi Metacomet, successeur de Massasoit fut massacré (noyé puis écartelé), sa femme et ses enfants furent réduits en esclavage aux Antilles. Pendant 25 années, le crâne de Metacomet fut exposé sur une pique à l’entrée du village des pèlerins. Ce n’était que le début de l’un des plus grands génocides de l’humanité. La coutume de l’Action de grâce se répandit de Plymouth à d'autres colonies et après la guerre d'indépendance, en 1789, le président George Washington proclama le 26 novembre jour de fête nationale. La même année, l’église épiscopale protestante annonça que le dernier jeudi du mois de novembre serait un jour de fête. C’est seulement en 1863, que le président Lincoln déclara que le dernier jeudi du mois de novembre serait un jour de remerciements et d’éloges à Dieu pour l’ensemble des Etats-Unis. Si, depuis l’époque des pèlerins évangéliques, l’Action de grâce est, pour les Américains, une manière de remercier Dieu de la qualité providentielle du Nouveau Monde et d’une bonne entente avec les populations indigènes, pour les Amérindiens, ce jour représente la destruction de leur continent et le point de départ des guerres indiennes. En 1676, le gouverneur de Charleston, au Massachusetts, profita même de ce jour pour célébrer une victoire sur les Amérindiens. C’est la raison pour laquelle, depuis les années 1970, des manifestations sont organisées en mémoire des indiens natifs. Voici la déclaration que fit un descendant des Wampanoag, à Plymouth Rock (Massachusetts), en 1970 à l’occasion du 350° anniversaire de Thanksgiving et de l’arrivée des migrants puritains : "Aujourd’hui est une journée de fête pour vous qui vous permet de vous souvenir des premiers jours des Blancs en Amérique ; mais ce n’est pas un jour de fête pour moi. C’est avec un cœur lourd que je regarde ce qui s’est passé pour mon Peuple. Quand les pèlerins sont arrivés, nous, les Wampanoags les avons accueillis à bras ouverts, ne sachant pas que c’était le début de la fin pour nous. Et avant que 50 années ne se soient écoulées, les Wampanoags disparurent en tant que tribu. Nous ne savions pas non plus que les autres Indiens qui vivraient à proximité des colons seraient tués par leurs fusils ou leurs maladies. Souvenons nous toujours que l’homme Indien est et était un être humain comme l’homme Blanc ! Bien que notre ancien mode de vie n’existe pratiquement plus, nous, les Wampanoags parcourons toujours les terres du Massachusetts. Ce qui est arrivé ne peut plus être changé. Mais aujourd’hui nous nous battons pour une Amérique meilleure où les êtres humains et la nature sont de nouveau importants".
Que voyez vous quand vous observez un cactus saguaro Vous appréciez ses fruits, vous observez son sirop Vous regardez ses épines Vous vous émerveillez devant ses formes étranges La plupart d'entre nous ressente la tradition de la tribu Papago
Il ne s’agit pas d’une technique sophistiquée Ni d’une habilité particulière, mais de l’enthousiasme d’un enfant Associé à une concentration permanente et dévouée Qui me permet de donner vie à l’argile, progressivement Je sais que mes mains travaillent plus lentement Que mon désir de créer qui est intense Surtout lors des matins froids du début du printemps Lorsque l’argile et son esprit gardent le silence Et que mes doigts sont engourdis et hésitants Alors je ris comme un enfant en remarquant De la terre collée sur mes mains Refusant de se laisser séduire pendant un temps Et m’obligeant à recommencer sans cesse le même chemin Et puis je rêve à de nouvelles formes, de nouvelles histoires Entre moi et cette terre, dont je suis la nourrice Je deviens la femme de l’argile et de la boue, ce soir Je me permets toutes les fantaisies créatrices