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Le chemin vers son étoile
19/7/2007
"Il faut suivre son propre chemin, essayer de créer quelque chose et tâcher d'y mettre la vie"
J'ai longtemps gardé cette reproduction dans mon Atelier parce que ces vieux "souliers" peints par Van Gogh me racontaient une histoire...
C'est comme çà une impression que j'ai ressenti la première fois que je les ai vus !
Ils me disaient que le chemin est laborieux et rempli de cailloux qui blessent, qu'il faut la solidité et la souplesse du cuir pour s'adapter à la rugosisté du sol, mais que malgré tout ils étaient toujours là et resplendissaient de vie et de gloire d'avoir tellement servi...
Alors j'ai voulu connaître son histoire par ces tableaux et aussi par ses lettres à son frère Théo, un témoignage irremplaçable sur une existence mise au seul service de la peinture, son chemin jusqu'à son étoile est un chemin de labeur, de souffrance, de solitude et de persévérance, avec "des périodes de lutte et de découragement, de patience et d'impatience, d'espoir et de désolation" ... jusqu'à l'explosion finale en sacrifice vers son étoile glorieuse !
Dans ses lettres, il s'interroge : "Il me semble toujours être un voyageur qui va quelque part et à une destination. Si je me dis : le quelque part, la destination n'existe point, cela me semble bien raisonné et véridique. Aussi à la fin de la carrière j'aurai tort : je trouverai alors que non seulement les beaux-arts mais le reste aussi n'étaient que des rêves et que soi-même on était rien du tout... Mon tourment n'est autre que ceci : à quoi pourrais-je être bon? ne pourrais-je servir et être utile à quelque chose? ... Je sais que je pourrais être un tout autre homme. Il y a quelque chose au dedans de moi, qu'est-ce que c'est donc? ... Je sens en moi un feu que je ne peux laisser éteindre, qu'au contraire je dois aviver, malgré que je ne sache pas à quoi celà va me mener."
Dans ses ténèbres, il apperçoit une lueur, il marche vers elle : "Même si je tombe nonante-neuf fois, la centième fois, je serais debout aussitôt... Il est bon d'aimer autant que l'on peut, car c'est là que gît la vrai force, et celui qui aime beaucoup accomplit de grandes choses et en est capable, et ce qui se fait par amour est bien fait."
Beaucoup de bonne volonté, beaucoup d'amour... mais il tombera en effet plusieurs fois, il se relèvera sans renoncer et il découvrira : "Je ne puis pas me passer de quelque chose de plus grand que moi, qui est ma vie : la puissance de créer."
Voilà comment il est devenu peintre... Puis il lui faudra encore trouver sa peinture !
La couleur devient l'élément principal de ses préoccupations, pendant trois ans il expérimente les diverses compositions de palette et développe ses propres stratégies de couleurs puis il se convertit à la palette de l'avant garde parisienne avec ses pigments purs et sans mélange qui étaient censés se combiner par le mélange optique, exactement comme les couleurs du spectre.
En même temps, il voulait que sa peinture aille bien au delà, une utilisation plus arbitraire de la couleur avec l'intention d'exprimer visuellement ses émotions.
"Je voudrais faire le portrait d'un ami artiste qui rêve de grands rêves, qui travaille comme le rossignol chante, parce que c'est ainsi sa nature. Cet homme sera blond. Je voudrais mettre dans mon tableau mon appréciation, mon amour que j'ai pour lui. Je le peindrai donc tel quel, aussi fidèlement que je pourrai, pour commencer. Mais le tableau n'est pas fini ainsi. Pour le finir je vais maintenant être coloriste arbitraire. J'exagère le blond de la chevelure, j'arrive aux tons orangés, aux chromes, au citron pâle. Derrière la tête, au lieu de peindre le mur banal du mesquin appartement, je peins l'infini, je fais un fond simple du bleu le plus riche, le plus plus intense que je puisse confectionner, et par cette simple combinaison la tête blonde éclairée sur ce fond bleu riche, obtient un effet mystérieux comme l'étoile dans l'azur profond."
Il se dirige irrésistiblement vers le soleil, le Sud, vers encore plus de lumière et de couleurs, il s'enflamme : "un soleil, une lumière que faute de mieux je ne peux appeler que jaune, jaune soufre pâle, citron pâle. Que c'est beau le jaune !"
Un bref moment de plénitude et de bonheur, il peint et multiplie les tournesols, ces "soleils" deviennent son symbole puis il se brûle et se consume : "je sens en moi une force que je dois développer, un feu que je ne puis éteindre mais que je dois attiser, bien que je ne sache pas vers quelle issue cela me mènera et que je ne sois pas étonné qu'elle fût sombre."
Avec la fin de l'été, les violets et les bleus, les couleurs de la nuit... "Gare aux lendemains de fête, au Mistral d'hiver !... le résultat de cette terrible attaque est qu'il n'y a dans mon esprit plus guère de désir, ni d'espérance bien nets. Je me demande si c'est ainsi qu'on pense alors que, les passions un peu éteintes, on descend la montagne au lieu de la monter?"
Une fois encore pourtant, il chausse "les souliers" et il repart vers le Nord, vers Paris, près de Pontoise, à Auvers... la campagne, les impressionnistes, le docteur Gachet... "d'immenses étendues de blé, sous des ciels troublés. Je ne me suis pas gêné pour chercher à exprimer de la tristesse, de la solitude extrême".
Il avait griffonné ces derniers mots à son frère Théo : "mon travail à moi, j'y risque ma vie et ma raison y a sombré à moitié... Mais que veux tu? ...".
Son étoile glorieuse resplendit de vie et de couleurs et nous illumine toujours !
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