Réservé, silencieux même lorsqu'il s'exprime, cet homme irradie un magnétisme au-delà de toutes les souffrances. Sioux Santee, John Trudell est né à Ohama dans le Nebraska le 15 février 1946. Après une enfance chaotique, il s'engage dans l'armée mais au bout de quatre années dans la Navy il abandonne l'uniforme, momentanément privé d'illusion. Redécouvrant ses racines, il se définit alors comme "un Indien, un prisonnier des Amériques." Animé d'un sentiment de révolte qui ne le quittera plus, on l'aperçoit en 1969 à Alcatraz pendant le siège de l'îlot pénitentiaire par les tribus amérindiennes. De 1973 à 1979 il devient le président de l'AIM (American Indian Movement) à la fois activiste forcené, humaniste concerné et suspect privilégié du FBI (ils lui consacreront un rapport confidentiel de 17000 pages!) John Trudell brûle symboliquement, le 11 février 1979 un drapeau américain devant le bâtiment Edgar J. Hoover siège du FBI à Washington. Douze heures plus tard, un incendie détruit sa propre maison dans la réserve de Shoshone Paiute, au Nevada. Son épouse Tina, ses trois enfants et sa belle-mère périssent carbonisés. L'enquête conclut à un accident tragique, John Trudell riposte avec vigueur affirmant que sa famille a été délibérément assassinée.
Effondré, le militant se réfugie dans l'écriture. "J'avais déjà rédigé des discours politiques, mais rien qui ressemble de près ou de loin à des poèmes. Six mois après le drame, alors que je touchais le fond, les mots me sont venus. Ces mots étaient mes bombes, mes larmes et ma vie."
En 1981 Trudell publie un recueil de poésies "Living in Reality" avant de mêler texte et musique. "C'est alors que je traînais autour du studio du chanteur Jackson Brown et passais du temps avec ses musiciens, que m'est venue l'idée de mélanger poésie, musique traditionnelle amérindienne et les rythmes du rock." Il enregistre "Tribal Voice" son ami Jackson Brown, Bonnie Raitt, Buffy Sainte-Marie et Bob Dylan vont l'épauler. Son premier album "Aka Graffiti Man" en 1986 lui ouvre la voie d'une reconnaissance internationale, son second album "Johnny Damas and Me" sort en 1994. Avec "Blue Indians" en 2000 la hâche de guerre est définitivement déterrée!
On retrouve Johnn Trudell acteur dans "Coeur de Tonnerre" et dans un documentaire "Incident à Oglala" tous les deux retraçant les conflits qui ont opposé le gouvernement américain à l'American Indian Movement dans les années 1970. Il y a quelques années, on l'a revu au cinéma dans "Phoenix Arizona."
En 2002 il sort son album "Bone Days" une oeuvre de résistant traversé par la douleur de son peuple martyrisé par l'Amérique blanche. Il s'inspire de ces 56 années qu'il a vécu et du monde d'aujourd'hui qu'il qualifie de réserve industrielle dont nous sommes tous les Indiens prisonniers.
"Je suis juste un être humain qui essaye de s'en sortir dans un monde qui est en train de perdre très rapidement sa capacité à être humain" - John Trudell
A l’automne 1969, des milliers d’Indiens américains occupèrent les ruines abandonnées de l’ancien pénitencier d’Alcatraz, situé dans la baie de San Francisco et connu pour avoir abrité les plus grands criminels des Etats-Unis jusqu’en 1963, date de sa fermeture. Les manifestants restèrent sur l’île d’Alcatraz pendant presque 18 mois du 20 novembre 1969 au 11 juin 1971 en revendiquant ce rocher comme terre indienne et en exigeant la justice et la considération pour le peuple indien. Il y avait là à la fois des militants mais aussi des familles avec des enfants, des étudiants réunis pour dénoncer la politique du gouvernement US à l’égard des nations indiennes. Depuis que les chefs Modoc et Hopi avaient été internés à Alcatraz à la fin du 19°siècle , la condition réservée aux indiens n’avait fait qu’empirer et l’occupation symbolique d’Alcatraz était destinée à rendre aux 554 nations indiennes leur droits et à restaurer leur dignité. L’incendie du Centre Indien de San Francisco en octobre 1969 qui était devenu le point de rassemblement des indiens déplacés fut le détonateur de l’action sur Alcatraz. Près de 6000 indiens se retrouvèrent pendant cette période à Alcatraz pour dénoncer les discriminations et les injustices dont ils étaient victimes, ainsi leur espérance de vie était elle à l’époque inférieure en moyenne de 20 ans à celle des autres américains. Richard Oakes, un Mohawk de New-York devint le porte parole des occupants du rocher. John Trudell était parmi les leaders du mouvement. Sioux Santee c’était un "activiste" chanteur et auteur compositeur défendant la cause amérindienne. Quand il entendit parler de l’occupation, il décida de faire son paquetage et de rejoindre, à 23 ans, le groupe à Alcatraz. Il fut la voix de la radio libre d’Alcatraz qui diffusa le message des indiens en Californie et ailleurs, elle fut entendue, puisque de la nourriture et de l’argent affluaient sur le rocher ainsi que le soutien de groupes connus, Grateful Dead, Creedence Clearwater Revival ou d’artistes renommés tels que Jane Fonda ou Marlon Brando. Trudell et sa femme Lou eurent le seul enfant né sur l’île pendant ces 18 mois, ils le prénommèrent Wovoka du nom de cet indien Piaute qui introduisit la Ghost Dance à la fin du 19è siècle, annonçant la renaissance du peuple indien et la récupération des terres de leurs ancêtres. Les indiens avaient consigné leurs demandes dans une proclamation "The Alcatraz Proclamation to the Great White Father and his People" mais deux semaines avant la fin ils n’avaient pratiquement rien obtenu. C’est à ce moment qu’un feu éclata dans des bâtiments éloignés du campement sans doute perpétré par des agents du gouvernement ce qui discrédita le mouvement. Les occupants commencèrent alors à partir et le 11 juin 1971 les quatorze derniers indiens furent délogés par les forces de police. Après l’occupation, Trudell devint l’un des leaders et l’une des voix les plus connus du mouvement des indiens d’Amérique "American Indian Movement" de même Wilma Mankiller devint le principal chef de la nation Cherokee dans les années 80 , ainsi qu’un leader puissant du mouvement indien. L’occupation d’Alcatraz a marqué pour toujours la détermination des Indiens à défendre leurs droits, leur culture et leurs traditions.
La Proclamation d’Alcatraz (1969)
Chers concitoyens nous vous demandons de vous joindre à nous afin d’améliorer la vie de tous les peuples indiens. Nous sommes sur l’île d’Alcatraz pour faire savoir au monde que nous avons le droit d’utiliser notre terre. Nous disons au gouvernement des Etats-Unis que nous sommes ici pour créer un endroit important pour notre nation. Nous réclamons cette terre connue comme l’île d’Alcatraz en vertu du droit de la découverte appliqué dans ce pays. Nous sommes prêts à acheter cette terre pour 24 dollars en perles et vêtements ceci étant comparable au prix payé par les hommes blancs pour une autre île il y a 300 ans, à savoir l’île de Manhattan Nous estimons que Alcatraz convient bien à la création d’une réserve selon les standards édictés par les hommes blancs : - c’est une terre isolée sans moyens de transports, il n’a pas d’eau courante ni d’équipements sanitaires - il n’y a pas d’industrie ni de système de santé, la terre est rocailleuse et sans vie animale, - il n’y a pas d’école et l’endroit est déjà surpeuplé et était auparavant une prison. Puisque le Centre Indien de San Francisco a brûlé, nous choisissons cet endroit pour recréer un lieu de rassemblement et de vie tribale. Au nom de tous les indiens nous reconquérons cette île pour nos nations indiennes . Nous estimons cela juste et honnête et cette terre doit nous être accordée aussi longtemps que couleront les rivières et que brillera le soleil. Nous tiendrons le rocher ! We hold the rock !
Ira Hamilton Hayes héros et symbole Hayes un Indien Pima d’Arizona, engagé dans les marines en 1942 fut largué en 1945 sur l’île d’Iwo Jima, il réussit avec 5 autres marines à planter le drapeau américain sur le mont Suribachi. La fin dramatique d'Ira Hamilton Hayes miné par l'alcool à l'âge de 32 ans inspire en 1961 un film réalisé par Delbert Mann, The Outsider, drame psychologique sur le déclin de l'ancien Marine dans l'après-guerre. L'acteur Tony Curtis interprétait le rôle de l'Indien qui, pour les besoins d'Hollywood, ne mourait pas sordidement dans un caniveau mais idéalement solitaire sur un piton du désert. Plus récemment (2006) le film de Clint Eastwood "Mémoires de nos pères" (Flags of Our Fathers) avec Ryan Phillippe, Adam Beach, Jess Bradford ce film raconte l'histoire de ces soldats ayant porté le drapeau sur l'ile d' Iwo Jima et la fin tragique pour certain d'entre eux. Johnny Cash en 1964 et Bob Dylan en 1973 chantèrent son histoire écrite par Peter Lafarge un musicien Sénéca (communauté Mohawk)
Ballad of Ira Hayes
Oyez bonnes gens, je vais vous raconter l'histoire D'un jeune Indien courageux, il faudra vous en souvenir Il était de la tribu des Pimas, une bande fière et pacifique, De la vallée Phoenix en Arizona. L'eau étincelante avait couru dans les fossés, pendant un millier d'années, Jusqu'au jour où l'homme blanc avait volé leurs droits à l'eau, et l'eau qui chantait s'était tue. Alors le clan d'Ira avait faim et leurs fermes n'étaient que des mottes de mauvaises herbes, Mais quand la guerre arriva, il se porta volontaire, et oublia la voracité de l'homme blanc. Vous pouvez l'appeler ivrogne, il ne répondra plus Cet Indien qui buvait du Whisky, ce Marine qui partit à la guerre. Ils ont commencé à gravir la montagne Ivo Jima, 250 hommes Et seulement 27 survivants pour redescendre de cette montagne Et quand la bataille fut terminée et le drapeau de la gloire hissé Un des hommes qui le brandissait, c'était Hira Hayes l'Indien.
Vous pouvez l'appeler ivrogne, il ne répondra plus Cet Indien qui buvait du Whisky, ce Marine qui partit à la guerre. Ira revint en héros, fêté dans tout le pays Avec des vins d'honneur, des discours et des médailles, tout le monde lui serrait la main. Mais ce n'était qu'un Indien Pima sans argent, sans terre, sans avenir, Et chez lui, personne ne s'intéressait à ce qu'Ira avait fait et quand les Indiens dansent-ils? Vous pouvez l'appeler ivrogne, il ne répondra plus Cet Indien qui buvait du Whisky, ce Marine qui partit à la guerre. Vous pouvez l'appeler ivrogne, il ne répondra plus Cet Indien qui buvait du Whisky, ce Marine qui partit à la guerre.
Ira commença à boire sérieusement, la prison fut souvent son domicile On le laissait hisser puis ramener les couleurs, Comme s'il jetait un os à un chien. Il est mort ivre, un matin, à l'aube, tout seul dans le pays pour lequel il s'était battu, Cinq centimètres d'eau dans un fossé isolé fut la seule tombe pour Ira Hayes.
Oui, appelez-le Hayes l'ivrogne, mais son pays est toujours aussi sec Et son fantôme est étendu, assoiffé, dans le fossé où Ira est mort. Vous pouvez l'appeler ivrogne, il ne répondra plus Cet Indien qui buvait du Whisky, ce Marine qui partit à la guerre.
Akua tuta, akua tuta Akua tuta tshekuan kaminekuin Akua tuta Naketuenta kiei tshin tshekuan kanetaunekuin Hey, hey, hey
Be careful what you do Be careful what you do with the thing that has given to you Be careful what you do Be careful what you do . . . the way you were raised
Akua tuta Akua tuta tshekuan kakunuene mekuin Akua tuta Naketuanta kiei tshin tshekuan kauitshikuin Hey, hey, hey Akua tshe tessinnu
Be careful what you do Be careful what you do with the thing you protect Be careful what you do Be careful what you do with the thing which has helped you
Take care of our land Be careful what you do – the way you were raised Take care of our grandfathers Take care of our grandmothers too Take care of your children and your brother and sister’s children too