Il ne s’agit pas d’une technique sophistiquée Ni d’une habilité particulière, mais de l’enthousiasme d’un enfant Associé à une concentration permanente et dévouée Qui me permet de donner vie à l’argile, progressivement Je sais que mes mains travaillent plus lentement Que mon désir de créer qui est intense Surtout lors des matins froids du début du printemps Lorsque l’argile et son esprit gardent le silence Et que mes doigts sont engourdis et hésitants Alors je ris comme un enfant en remarquant De la terre collée sur mes mains Refusant de se laisser séduire pendant un temps Et m’obligeant à recommencer sans cesse le même chemin Et puis je rêve à de nouvelles formes, de nouvelles histoires Entre moi et cette terre, dont je suis la nourrice Je deviens la femme de l’argile et de la boue, ce soir Je me permets toutes les fantaisies créatrices
Que le bruissement du vent T’apporte la force et la beauté de l’amour Sa sérénité qui épanouit le temps Sous un soleil illuminant chaque jour
Que le ciel, rayonnant au dessus des plaines Soit le décor de ton bonheur Caressée par la rosée du matin, tu cours sans chaînes Légère comme la brise vers cet autre cœur
Laisse ton visage se couvrir de pluie Et se parer de fines gouttelettes de pureté L’arc en ciel, qui se détache, colore déjà ta vie Bénissant ton amour d’une auréole de félicité
Le sage est comme un enfant qui se tiendrait sur les hauteurs d'une montagne Et jouerait avec le soleil et les orages en riant Tous les pouvoirs lui sont donnés Il invente un nouveau langage, dialogue avec le vent Crée de nouveaux univers, parle avec ses rêves Mime le vol d'un oiseau ou la démarche burlesque de l'ours Il se moque de ses propres angoisses Il observe ses émotions, ses sensations Comme on observe les fleurs d'un jardin Il habite un nuage doré où la mort ne pénètre pas
...Nous continuons à respirer, à marcher Mais plus lentement maintenant Les nuages tournoient au-dessus de nous Que pouvons-nous dire qui ferait mieux comprendre Ce que nous voulons vous dire Sinon parler de sa terre natale et de la revendiquer Comme notre propre histoire. Et sachez que nos rêves Ne s'arrêtent pas là, deux pâtés de maisons plus bas Au bord de l'océan où nos coeurs Battent toujours la plage souillée
Je pense à la prison de la sixième Avenue Peuplée principalement d'Amérindiens et de Noirs Où Henry m'a raconté qu'on lui avait Tiré dessus à huit reprises alors qu'il sortait D'un bar de L.A., mais que lorsque la voiture fut passée Il fut étonné d'être toujours en vie Aucune balle au but, mec, et huit douilles Eparpillées sur le trottoir Autour de lui...
Tout le monde a ri de cette absurdité C'était la vérité pourtant. Mais qui voudrait croire La fantastique et terrible histoire De tous nos survivants De tous ceux qui n'avaient jamais espéré survivre
La nuit dernière, elle m’a appelé et m’a parlé De la lune brillant au dessus de la Baie de San Francisco Ici à Albuquerque elle se reflète, rejetée Dans un ciel froid, sombre au dessus de l’eau Son reflet éclaire nos toits Orange, après la moisson Le vent et le froid des prochains mois Sera bientôt à la porte de nos maisons Je la regarde avec les enfants La brise du soir souffle dans mes cheveux La lune vient de l’est, lumière des champs Elle est nue et si belle, nous sommes heureux De la voir, de la sentir, si proche de nous Regardez, nous sommes vivants La femme Lune nous regarde tous Nous la regardons et elle nous sent...