Souviens-toi du ciel sous lequel tu es né Connais l'histoire de chaque étoile Souviens-toi de la lune, sache qui elle est Je l'ai rencontrée une fois dans un bar à Yowa City Souviens-toi de la naissance du soleil à l'aube C'est le moment le plus fort Souviens-toi du crépuscule et de l'abandon de la nuit Souviens-toi de ta naissance, comment ta mère a lutté pour te donner forme et souffle Tu es le témoignage de sa vie, de celle de sa mère Et tu es elles toutes Souviens-toi de ton père, il est aussi ta vie Souviens-toi de la terre, de qui tu es la peau Terre rouge, terre noire, terre jaune, terre blanche Terre brune, nous sommes terre Souviens-toi des plantes, des arbres, des animaux Qui ont tous leurs tribus, leurs familles Leurs histoires, eux aussi, parle-leur Ecoute-les, ils sont des poèmes vivants Souviens-toi du vent, souviens-toi de sa voix Elle connaît l'origine de l'univers Une fois, j'ai entendu son chant Kiowa Pour la danse de la guerre à l'angle De la Quatrième Rue et de la Rue Centrale Souviens-toi que tu es tous les hommes Et que tous les hommes sont toi Souviens-toi que tu es cet univers Et que cet univers est toi Souviens-toi que tout est mouvement, tout grandit Tout est toi Souviens-toi que le langage vient de ceci Souviens-toi du langage qu'est la danse, la vie Souviens-toi
La nuit dernière, elle m’a appelé et m’a parlé De la lune brillant au dessus de la Baie de San Francisco Ici à Albuquerque elle se reflète, rejetée Dans un ciel froid, sombre au dessus de l’eau Son reflet éclaire nos toits Orange, après la moisson Le vent et le froid des prochains mois Sera bientôt à la porte de nos maisons Je la regarde avec les enfants La brise du soir souffle dans mes cheveux La lune vient de l’est, lumière des champs Elle est nue et si belle, nous sommes heureux De la voir, de la sentir, si proche de nous Regardez, nous sommes vivants La femme Lune nous regarde tous Nous la regardons et elle nous sent...
Est-ce que nous nous sommes perdus Nous devons retrouver l’appel de la nature On ne peut entendre cet appel avec toutes ces blessures Qu’elle a du subir à cause de ces nouvelles tribus...
Nous devons retourner, non comme étrangers Mais comme gardiens de toutes ces choses qui font partie de nous Certaines sont parties à jamais, d’autres meurent partout D’autres crient leur souffrance et demandent pitié
Aussi, juste comme nos ancêtres qui respectaient Toute chose, grande ou petite, sous le même ciel Nous devons être les gardiens de la lune et du soleil Des étoiles qui brillent encore dans l’immensité
C’est pour elles, et notre respect en leurs pouvoirs Que nous devons élever la voix pour être entendu Nous ne sommes pas simplement indiens, mais membre d’une même tribu Nos pères vénéraient la nature, il nous faut faire partager cet espoir
La nature est le coeur de toute chose et de toute vie Chacun d’entre nous sort de son corps et a besoin d’elle Si nous l’empoisonnons, elle deviendra rebelle Et nous perdrons tout, notre futur, notre survie...
Traduction de l'Oeuvre de Georges Hunt Indien KIOWA
Autrefois il y avait cinq loups, tous frères, qui erraient en bande. Quand ils chassaient, ils partageaient toujours leurs prises avec Coyote. Un soir, Coyote les vit qui regardaient le ciel. " Qu'est-ce que vous regardez là-haut, frères ? " s'enquit-il. " Oh, rien " répondit le plus âgé des loups Le lendemain, Coyote les vit tous à nouveau en train de regarder le ciel. Il questionna, par rang d'âge, le second des loups, mais celui-ci ne voulut rien dire. Et cela continua de la sorte pendant trois ou quatre soirées. Aucun ne voulait dire à Coyote ce qu'ils regardaient tous, de peur qu'il ne mette son grain de sel dans leurs affaires. Un soir, Coyote demanda au plus jeune de la bande de lui dire de quoi il s'agissait, et celui-ci se tourna vers les autres " bah, disons à Coyote ce que nous voyons là-haut. Il ne va pas s'en mêler " Ils lui dirent donc " Là-haut, tout là-haut, il y a deux animaux inaccessibles " " Eh bien, allons-y " répliqua Coyote " Aller là-haut ? et comment ? " " Oh, c'est tout simple, dit Coyote, je vais vous montrer "
Coyote réunit un grand nombre de flèches et commença à les décocher dans le ciel. La première resta accrochée au ciel, la seconde se ficha dans la première et ainsi de suite, si bien qu'elles formaient comme une échelle descendant jusqu'à la terre. " Maintenant, nous pouvons monter là-haut " dit Coyote
Le plus vieux des loups ouvrit la marche, emmenant son chien. Il était suivi des quatre autres loups, et enfin de Coyote. Ils grimpèrent tout le jour et jusque tard dans la nuit. Toute la journée suivante, ils grimpèrent encore. Ils grimpèrent pendant des jours et des nuits, et atteignirent enfin le ciel. Ils s'arrêtèrent dans le ciel et contemplèrent les deux animaux que les loups avaient aperçus d'en bas. C'étaient deux grizzlis.
" N'approchez pas, dit Coyote. Ils vous mettraient en pièces. " Mais les deux plus jeunes loups s'étaient déjà rapprochés, bientôt suivis des deux moins jeunes. Seul, le plus âgé restait en arrière. Quand les loups s'approchèrent des ours, il ne se passa rien. Les loups s'assirent et examinèrent les ours, et les ours, toujours assis à leur place, toisaient les loups. Quand il vit qu'il n'y avait pas de danger, le vieux loup vint rejoindre les autres et s'assit là avec son chien.
Coyote, lui, n'approcha pas davantage. Il n'avait pas confiance dans les ours. En tout cas, c'est bien joli à voir, se dit-il. Ils ont belle allure, tous assis comme ça. J'ai bien envie de laisser l'ensemble tel quel, que tout le monde puisse le voir. Et quand les gens verront cela dans le ciel, ils diront " Savez-vous qu'il y a une histoire à l'origine de cette composition ? " et ils parleront de moi.
Il laissa donc le tout intact. Sur le chemin du retour, il arracha les flèches une à une derrière lui. Ainsi, personne ne pouvait plus redescendre. Revenu sur la terre, il contempla, admiratif, l'arrangement qu'il avait laissé là-haut. Et ça n'a jamais bougé depuis. De nos jours, on appelle cette constellation le Grand Chariot. En regardant bien, on voit que trois loups composent le timon, et que le plus vieux, celui du milieu, a toujours son chien à ses pieds. Les deux jeunes loups forment l'avant du chariot, et les deux grizzlis l'arrière, qui pointe vers l'étoile polaire.
De voir comme cela était beau, Coyote eut envie de remplir le ciel d'étoiles. Il disposa donc des étoiles partout en motifs, puis pour utiliser ce qu'il lui restait, il traça la Voie Lactée.
Quand il eut fini son ouvrage, Coyote demanda Alouette sa sœur " raconte à tous, je te prie, quand je ne serai plus de ce monde, que cette ordonnance des étoiles qu'ils voient au firmament, c'est moi qui l'ai conçue, c'est mon œuvre. "
Et Alouette nous raconte aujourd'hui encore cette histoire de Coyote.
Il s'agirait effectivement de la version amérindienne relatant la naissance de la constellation de La Grande Ourse...